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Poèmes

Neg Pété Chenn

Par Pierrot le 22/05/2009


L'homme ne peut se dire libre si sa liberté
s'appuie sur l'oppression d'autrui
(Juan Carlos)

Avec mes frères nous courons à perdre haleine
Des heures que nous tentons de nous échapper
Dans notre village nous menions une vie sereine
Pourquoi voulait-on maintenant nous capturer

Nous ne pouvions croire à toutes ces rumeurs
L'homme blanc nous achetait comme du bétail
Nos propres frères participaient à notre malheur
Ils nous vendaient contre pacotilles et victuailles

Nos poursuivants nous ont finalement attrapés
Ceux qui ont résisté se sont fait trouer la peau
Entravés, pendant des heures nous avons marché
Vers la côte où nous attendaient des bâteaux

Aux pieds, aux poignets ils nous ont mis des chaînes
Par dizaines, à fond de cale enfermés comme des rats
Entassés dans le noir pour une destination lointaine
Nombreux sont ceux qui sont passés de vie à trépas

Quarantaine avant de débarquer en terre inconnue
Une bien triste vie d'esclave attendait les survivants
Aux blancs bien habillés on nous montrait nus
Les enchères enrichissaient les marchands

A coups de fouet, expédiés vers les plantations
Ethnies mélangées pour éviter trop de contacts
Nous dormions dans les cases des plantations
Se taire et obéir pour garder sa chair intacte

Esclaves de case, d'habitation ou de jardin
Domestiques, sucriers ou ouvriers des champs
Les lendemains n'étaient pas toujours certains
Les emplois dépendaient du commandeur blanc

Originaires de Guinée, d'Angola, du Sénégal
Difficile de se parler, de s'unir, de s'entendre
Mélanges ethniques avec leurs langues tribales
Un idiome commun permettrait de se comprendre

Mélanges d'Afrique, de français, d'amérindiens
Le temps a donné à l' ensemble son unité, le créole
Langue identitaire nécessaire pour souder le lien
Pour notre liberté dont le blanc avait le monopole

Bientôt des voix s'élevaient parmi les nôtres
Ceux qui s'échappaient devenaient des marrons
Dans l'île soeur, déjà grondait la révolte
Des humanistes français prônaient l'abolition

Deux cents ans de souffrances, d'humiliations
Les Schoelcher, Périnon, Gâtine, nos défenseurs
Nous apportent enfin le décret d'abolition
Et mettre ainsi un terme à tous nos malheurs

Ces terres travaillées avec le sang et la sueur
Cette langue née dans la douleur nous unissait
Cette liberté apportée aux hommes de couleur
Faisaient naître un peuple, le Peuple Antillais

Alors, toi dont la couleur diffère
Ta liberté tu la dois aux souffrances de tes ancêtres
Au diable les complexes, relève la tête, sois fier
Et reste attentif pour que l'Histoire ne se répète.

A l'île aux fleurs,
A tous ceux chers à mon coeur
Bondyé gadé vou !

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